Œuvres in situ

jusqu’au 31 décembre 2021
Acheter un billet
Ryan Gander, I... I... I…, 2019.
Fermer Ryan Gander, I... I... I…, 2019. © Ryan Gander. Courtesy de l'artiste et Pinault Collection. Photo Aurélien Mole

Quelques dizaines de pigeons, perchés sur les balustrades par Maurizio Cattelan, toisent les visiteurs depuis les hauteurs de la Rotonde, la souris animatronique de Ryan Gander bavarde sans fin devant les ascenseurs, Lili Reynaud Dewar danse dans le hall des escaliers 18e, les « gardiens » sculptés de Tatiana Trouvé veillent sur les œuvres exposées dans toutes les galeries... L’accrochage « Ouverture » donne aussi à voir la relation que les artistes peuvent avoir à un lieu d’exposition, leur relation au musée, aux visiteurs, à travers des œuvres sortant du cadre muséographique, ayant pris place dans des espaces de circulation, surprenant le regardeur.

 

La volonté de privilégier le dialogue entre les oeuvres et leur contexte architectural, naturel et urbain est en effet un trait fort de l’identité des musées de la Collection Pinault. A Venise, les marbres et les plafonds peints du Palazzo Grassi, les murs de brique et les poutres de la Pointe de la Douane, dialoguent avec les reflets changeants de l’eau… Ces éléments non-standard, dont on aurait pu redouter qu’ils contraignent – voire compromettent – la présentation des œuvres, sont au contraire une source d’inspiration pour les artistes. Ils sont aussi une manière de proposer aux visiteurs une expérience de l’art singulière, contextualisée, « ici et maintenant ».

Maurizio Cattelan

Artiste polymorphe, sculpteur, performeur, éditeur et programmateur, Maurizio Cattelan s’est imposé par une production dont les formes spectaculaires soulignent les contradictions de la société contemporaine. Others (2011), l’inquiétante escadrille de pigeons empaillés, postés sur les balcons intérieurs du troisième étage de la Bourse de Commerce en est un parfait exemple : « plus vrais que nature », immobiles, ils suscitent une surprise amusée mêlée « d’inquiétante étrangeté ». Ils demeurent posés là comme une alerte, le signe d’une chose à garder à l’oeil, dont il faudrait se méfier. Et si leur prolifération, bientôt leur omniprésence, dérangeait déjà ? 

S’il n’était un acteur majeur de la scène contemporaine, Maurizio Cattelan, adepte du paradoxe, de la provocation et de l’ironie féroce, pourrait se faire passer – toujours avec humour – pour un artiste à la marge. Né en 1960 à Padoue, il vit et travaille entre Milan et New York. 

« L’humour est une manière de communiquer qui permet de dépasser l’obstacle de la timidité. » Avec sa série des « Z paintings »(1995-1996), il s’amuse à dénaturer le travail de l’artiste conceptuel Lucio Fontana par une série de toiles monochromes qu’il entaille d’un Z, en référence à Zorro. Avec Nona Ora (Neuvième Heure, 1999), il présente une sculpture grandeur nature du pape Jean-Paul II écrasé par une météorite. Him (2001), représente Hitler infantilisé, jouant avec la banalité du mal absolu… Untitled (2007), trophée inversé donnant de la tête dans un mur de brique de la Punta della Dogana, est un autre de ces jeux de massacre, renversant, une surprise mêlée d’effroi, un rire mêlé de gêne, toujours jaune, grinçant, dévastateur.
 

Tatiana Trouvé

« The Guardian » est un titre générique pour chacune des huit sculptures de Tatiana Trouvé (née en 1968 en Calabre) qui jalonnent le parcours de l’exposition « Ouverture », du rez-de-chaussée du musée aux galeries du deuxième étage. Veillant sur les œuvres des autres, et les « mondes » dont elles gardent l’entrée, ces sculptures gardiennes se présentent sous forme d’assises gardant, dans le marbre, le bronze, l’onyx, le cuivre, les présences disparues. En donnant corps et poids à l’absence, elles rythment le parcours dédié à la figure humaine. Dans un coussin de pierre le poids d’un corps, sur un dossier un livre, à un barreau suspendu un sac, ici encore de menus objets… Le regardeur reconstitue ces absences, à la troublante matérialité, disséminées dans les espaces d’exposition, tissant une narration discrète, un monde fictionnel de spéculation et de rêverie.  Les livres - ouvrages anthropologiques, militants, philosophiques, poétiques - choisis par l’artiste, « gravés dans le marbre » dessinent les contours d’une pensée utopique. Ils ont pour point commun une réflexion sur nos rapports à la nature, sur notre manière d’habiter le monde et sur la puissance de l’imaginaire.

Tatiana Trouvé vit et travaille à Paris, après une enfance à Dakar et des études aux Pays-Bas puis à la Villa Arson de Nice. À son arrivée dans la capitale, elle transforme sa recherche d’emploi en matière première de ses oeuvres, collectant et archivant les CV qu’elle envoie et les réponses stéréotypées reçues, en un bureau nommé B.A.I : Bureau d’Activités Implicites. Explorant les rapports entre passé et futur, présence et absence, réalité et fiction, elle privilégie les événements anonymes, oubliés, mais constitutifs de notre histoire et infléchissant nos vies. S’intéressant à ce que serait une mémoire des objets et des lieux, qui déforme la réalité reçue, Trouvé réinvente sans cesse le temps et l’espace, créant une dimension parallèle où les lois de notre monde sont recomposées, le spectateur désorienté, où tout, enfin, est à redéfinir.
 

Ryan Gander

Auteur d’une œuvre protéiforme, Ryan Gander (né en 1976 à Chester) vit et travaille à Londres. Il emploie tous les médiums pour interroger les mécanismes de perception d’une œuvre d’art dans un rapport complexe entre réalité et fiction. Ses œuvres parlent toutes, d’une façon ou d’une autre, d’absence, de perte, d’invisibilité, de latence. Avec I… I… I… (2019), Ryan Gander met en scène une souris animatronique qui bégaye, surprenant les visiteurs qui attendent l’ascenseur depuis un trou creusé dans le mur. Prisonnière de sa « boucle » animée, cette improbable souris, condamnée à vivre cycles après cycles, jusqu’à épuisement, nous donne à penser et à sourire sur notre propre condition.
 

Lili Reynaud Dewar

Formée à la danse classique au conservatoire, Lili Reynaud Dewar (née en 1975 à La Rochelle), est plasticienne et performeuse. Puisant dans les inventions de Joséphine Baker un répertoire chorégraphique intarissable, ses performances critiques et militantes font de son corps nu et peint une grammaire. Son corps se confronte aux milieux où il évolue et se fond.

Présentées dans le hall de l'escalier 18e de la Bourse de Commerce, deux performances en vidéos de Lili Reynaud Dewar se font face : la première suit sa danse dans les espaces de l'exposition « Dancing with Myself », en 2018, alors en plein démontage ; la seconde réalisée dans l'exposition « If the Snake », dont Pierre Huygue était le commissaire à l'occasion du deuxiéme Okayama Art Summitt en septembre 2019. Lili Reynaud Dewar estompe la frontière entre la sphère privée et la sphère publique : le musée devient un espace intime ; les gestes de la mémoire collective deviennent un langage physique personnel ; et elle met en scène son corps d’artiste nu et vulnérable. La peinture qui couvre ses formes le transforme en matériau d’une mutabilité extrême, quasiment abstrait.

Paulo Nazareth

Présenté au cours de la saison Ouverture, la performance Moinho de Vento / Windmill de Paulo Nazareth (né en 1977 au Brésil) mettra en scène un groupe de treize immigrés venus d'Amérique latine, d'Afrique et du Moyen-Orient marchant dans les rues de Paris. Actionnant d’anciens moulins à café à manivelle, ils laisseront derrière eux la trace éphémère de leur passage, sillage visuel et olfactif de l’histoire coloniale et de l’esclavage, discriminations et exploitations d’hier et aujourd’hui. L’artiste documente des voyages d’un point symbolique à un autre, souvent effectués à pied. Au cours de ces périples de plusieurs mois, l’artiste glane les rencontres et les images qui nourriront et constitueront une œuvre. Souvent avec humour, toujours avec un prisme politique, sans jamais donner de leçon, Nazareth créé un contre-récit du point de vue du nomade, du migrant, du déplacé.

Du lundi au dimanche de 11h à 19h
Nocturne le vendredi jusqu’à 21h
Le premier samedi du mois, nocturne gratuite de 17h à 21h
Fermeture le mardi et le 1er mai.

Un billet unique pour toutes les expositions. En raison de la situation sanitaire, la réservation est obligatoire en ligne ou sur place.
Plein tarif : 14€
Tarif réduit : 10€

Gratuit après 16h pour les porteurs de la carte Super Cercle.