Œuvres in situ

jusqu’au 31 décembre 2023
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Ryan Gander, I... I... I…, 2019.
Fermer Ryan Gander, I... I... I…, 2019. © Ryan Gander. Courtesy de l'artiste et Pinault Collection. Photo Aurélien Mole

La volonté de privilégier le dialogue entre les oeuvres et leur contexte architectural, naturel et urbain est en effet un trait fort de l’identité des musées de la Collection Pinault. A Venise, les marbres et les plafonds peints du Palazzo Grassi, les murs de brique et les poutres de la Pointe de la Douane, dialoguent avec les reflets changeants de l’eau… Ces éléments non-standard, dont on aurait pu redouter qu’ils contraignent – voire compromettent – la présentation des œuvres, sont au contraire une source d’inspiration pour les artistes. Ils sont aussi une manière de proposer aux visiteurs une expérience de l’art singulière, contextualisée, « ici et maintenant ».

 

Duane Hanson

La sculpture Seated Artist (artiste assis, en français), incarne parfaitement le projet et les intentions de l’artiste américain Duane Hanson, figure clé du mouvement hyperréaliste. L’artiste crée des personnages de résine et de fibre de verre, moulés d’après modèle vivant et minutieusement travaillés. Sans aucune forme d’idéalisation, d’un réalisme confondant, ces sculptures constituent des portraits psychologiques et sociaux, montrant les individus dans leur quotidien.

Cette œuvre hyperréaliste fait partie d'une longue série de moulages, les lifecasting, que l'artiste initie dans les années 1960, dans le contexte d’une contestation sociale, sociétale et culturelle qui ne cessera de s’amplifier aux États-Unis jusqu’au mitan des seventies, sur fond de Guerre du Vietnam et de crises politiques.

Seated Artist revêt une force particulière puisqu'il s'agit d'un portrait de Duane Hanson lui-même, assis à l’envers sur une chaise, appuyé sur son dossier, un papier en main. L’illusion est parfaite, le regard du visiteur semble saisir un moment de repos de l’artiste, une pause en vêtement de travail maculés de peinture, bonnet sur la tête. Cette posture est aussi celle du doute, voire du désabusement, devant l'état du monde, les yeux baissés en signe d’intériorité comme d’impuissance. Dans sa recherche d’une interaction avec le public, Duane Hanson précise : « Mon travail montre des gens qui sont dans un état assez désespéré. Je donne à voir le ras-le-bol, la fatigue, l’âge, la frustration. Ces gens ne peuvent pas entrer dans la compétition. Ils sont psychologiquement handicapés. » Pascale Le Thorel-Daviot, Nouveau Dictionnaire des artistes contemporains

Présenté dans la Salle des Machines de la Bourse de Commerce, vestige d’un ancien atelier produisant le froid pour le stockage des denrées des Halles de Paris, cette sculpture surprend le visiteur, à la fois par son réalisme, par sa présence anachronique, par son décalage avec le décor. Le portrait de l’artiste plongé dans ses pensées, bloqué dans une forme d’inaction, redouble, avec ironie, ce rapport complexe entre l’homme et les systèmes techniques qu’il met lui-même au point.

 

Maurizio Cattelan

Artiste polymorphe, sculpteur, performeur, éditeur et programmateur, Maurizio Cattelan s’est imposé par une production dont les formes spectaculaires soulignent les contradictions de la société contemporaine. Others (2011), l’inquiétante escadrille de pigeons empaillés, postés sur les balcons intérieurs du troisième étage de la Bourse de Commerce en est un parfait exemple : « plus vrais que nature », immobiles, ils suscitent une surprise amusée mêlée « d’inquiétante étrangeté ». Ils demeurent posés là comme une alerte, le signe d’une chose à garder à l’oeil, dont il faudrait se méfier. Et si leur prolifération, bientôt leur omniprésence, dérangeait déjà ? 

S’il n’était un acteur majeur de la scène contemporaine, Maurizio Cattelan, adepte du paradoxe, de la provocation et de l’ironie féroce, pourrait se faire passer – toujours avec humour – pour un artiste à la marge. Né en 1960 à Padoue, il vit et travaille entre Milan et New York. 

« L’humour est une manière de communiquer qui permet de dépasser l’obstacle de la timidité. » Avec sa série des « Z paintings »(1995-1996), il s’amuse à dénaturer le travail de l’artiste conceptuel Lucio Fontana par une série de toiles monochromes qu’il entaille d’un Z, en référence à Zorro. Avec Nona Ora (Neuvième Heure, 1999), il présente une sculpture grandeur nature du pape Jean-Paul II écrasé par une météorite. Him (2001), représente Hitler infantilisé, jouant avec la banalité du mal absolu… Untitled (2007), trophée inversé donnant de la tête dans un mur de brique de la Punta della Dogana, est un autre de ces jeux de massacre, renversant, une surprise mêlée d’effroi, un rire mêlé de gêne, toujours jaune, grinçant, dévastateur.

 

Ryan Gander

Auteur d’une œuvre protéiforme, Ryan Gander (né en 1976 à Chester) vit et travaille à Londres. Il emploie tous les médiums pour interroger les mécanismes de perception d’une œuvre d’art dans un rapport complexe entre réalité et fiction. Ses œuvres parlent toutes, d’une façon ou d’une autre, d’absence, de perte, d’invisibilité, de latence. Avec I… I… I… (2019), Ryan Gander met en scène une souris animatronique qui bégaye, surprenant les visiteurs qui attendent l’ascenseur depuis un trou creusé dans le mur. Prisonnière de sa « boucle » animée, cette improbable souris, condamnée à vivre cycles après cycles, jusqu’à épuisement, nous donne à penser et à sourire sur notre propre condition.
 

Philippe Parreno

Avec ses teintes changeantes intermittentes, ce « phare » transcrit en code le roman mythique et inachevé de René Daumal (1908-1944), récit publié à titre posthume en 1951. Il transmet dans le ciel de Paris le message de cette aventure fantastique, métaphysique, racontant la découverte et l’ascension collective d’une montagne unissant le ciel à la terre. Une quête sans fin, une aventure impossible, une métaphore de l’art et de son utopie. Philippe Parreno a conçu pour la Bourse de Commerce une nouvelle version de cette installation in situ. Reconfiguration, réminiscence, nouvel avatar d’une oeuvre créée en 2001 et centrale pour Parreno, Mont Analogue est installée au sommet d’un ouvrage unique, témoin architectural du site à la Renaissance, anciennement palais de Catherine de Médicis. Cette colonne, symbole du pouvoir royal autant qu’éminence ésotérique (la légende raconte en effet que les astrologues de la reine – dont les plus connus furent Cosimo Ruggieri et Nostradamus – y observaient les étoiles) devient un phare depuis lequel l’artiste diffuse à la ville un autre message. C'est sous la forme d’un code mystérieux, que l’artiste nous invite à découvrir les mondes invisibles, possibles, intangibles, de l’art.

Philippe Parreno (né en 1964, en Algérie) formé aux Beaux-Arts de Grenoble et à l’Institut des hautes études en arts plastiques de Paris, explore les ressources de l’exposition comme médium. Convaincu, que le projet prime sur l’objet, son intérêt pour une approche dynamique et collaborative de l’art le pousse à travailler avec d’autres artistes – tels Pierre Huyghe, Tino Sehgal, Douglas Gordon et Dominique Gonzalez-Foerster, … – afin de repenser de manière radicale le concept d’exposition. Parreno intervient souvent sur les mécanismes de fonctionnement de la manifestation, en créant des environnements où se succèdent des éléments éphémères ou d’une durée variable, et en faisant de l’exposition même un objet artistique. Dans les années 2000, ses films se peuplent de fantômes et d’automates, reflets d’une interrogation sur la partition entre fiction et réel, récit et origines. Ils se déroulent dans un espace poétique ponctué de fortes références au monde de la science-fiction, des sciences et sciences occultes, de la philosophie et de la fable.

Du lundi au dimanche de 11h à 19h
Fermeture le mardi et le 1er mai.
Nocturne le vendredi jusqu’à 21h
Le premier samedi du mois, nocturne gratuite de 17h à 21h.

La réservation est conseillée.
Plein tarif : 14€
Tarif réduit : 10€
Gratuit après 16h pour les porteurs de la carte Super Cercle.