Œuvres in situ

jusqu’au 1 juillet 2022
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Ryan Gander, I... I... I…, 2019.
Fermer Ryan Gander, I... I... I…, 2019. © Ryan Gander. Courtesy de l'artiste et Pinault Collection. Photo Aurélien Mole

Quelques dizaines de pigeons, perchés sur les balustrades par Maurizio Cattelan, toisent les visiteurs depuis les hauteurs de la Rotonde, la souris animatronique de Ryan Gander bavarde sans fin devant les ascenseurs, Lili Reynaud Dewar danse dans le hall des escaliers 18e, les « gardiens » sculptés de Tatiana Trouvé veillent sur les œuvres exposées dans toutes les galeries... L’accrochage « Ouverture » donne aussi à voir la relation que les artistes peuvent avoir à un lieu d’exposition, leur relation au musée, aux visiteurs, à travers des œuvres sortant du cadre muséographique, ayant pris place dans des espaces de circulation, surprenant le regardeur.

 

La volonté de privilégier le dialogue entre les oeuvres et leur contexte architectural, naturel et urbain est en effet un trait fort de l’identité des musées de la Collection Pinault. A Venise, les marbres et les plafonds peints du Palazzo Grassi, les murs de brique et les poutres de la Pointe de la Douane, dialoguent avec les reflets changeants de l’eau… Ces éléments non-standard, dont on aurait pu redouter qu’ils contraignent – voire compromettent – la présentation des œuvres, sont au contraire une source d’inspiration pour les artistes. Ils sont aussi une manière de proposer aux visiteurs une expérience de l’art singulière, contextualisée, « ici et maintenant ».

Maurizio Cattelan

Artiste polymorphe, sculpteur, performeur, éditeur et programmateur, Maurizio Cattelan s’est imposé par une production dont les formes spectaculaires soulignent les contradictions de la société contemporaine. Others (2011), l’inquiétante escadrille de pigeons empaillés, postés sur les balcons intérieurs du troisième étage de la Bourse de Commerce en est un parfait exemple : « plus vrais que nature », immobiles, ils suscitent une surprise amusée mêlée « d’inquiétante étrangeté ». Ils demeurent posés là comme une alerte, le signe d’une chose à garder à l’oeil, dont il faudrait se méfier. Et si leur prolifération, bientôt leur omniprésence, dérangeait déjà ? 

S’il n’était un acteur majeur de la scène contemporaine, Maurizio Cattelan, adepte du paradoxe, de la provocation et de l’ironie féroce, pourrait se faire passer – toujours avec humour – pour un artiste à la marge. Né en 1960 à Padoue, il vit et travaille entre Milan et New York. 

« L’humour est une manière de communiquer qui permet de dépasser l’obstacle de la timidité. » Avec sa série des « Z paintings »(1995-1996), il s’amuse à dénaturer le travail de l’artiste conceptuel Lucio Fontana par une série de toiles monochromes qu’il entaille d’un Z, en référence à Zorro. Avec Nona Ora (Neuvième Heure, 1999), il présente une sculpture grandeur nature du pape Jean-Paul II écrasé par une météorite. Him (2001), représente Hitler infantilisé, jouant avec la banalité du mal absolu… Untitled (2007), trophée inversé donnant de la tête dans un mur de brique de la Punta della Dogana, est un autre de ces jeux de massacre, renversant, une surprise mêlée d’effroi, un rire mêlé de gêne, toujours jaune, grinçant, dévastateur.
 

Tatiana Trouvé
L'œuvre n'est plus exposée depuis le 17 janvier 2022

« The Guardian » est un titre générique pour chacune des huit sculptures de Tatiana Trouvé (née en 1968 en Calabre) qui jalonnent le parcours de l’exposition « Ouverture », du rez-de-chaussée du musée aux galeries du deuxième étage. Veillant sur les œuvres des autres, et les « mondes » dont elles gardent l’entrée, ces sculptures gardiennes se présentent sous forme d’assises gardant, dans le marbre, le bronze, l’onyx, le cuivre, les présences disparues. En donnant corps et poids à l’absence, elles rythment le parcours dédié à la figure humaine. Dans un coussin de pierre le poids d’un corps, sur un dossier un livre, à un barreau suspendu un sac, ici encore de menus objets… Le regardeur reconstitue ces absences, à la troublante matérialité, disséminées dans les espaces d’exposition, tissant une narration discrète, un monde fictionnel de spéculation et de rêverie.  Les livres - ouvrages anthropologiques, militants, philosophiques, poétiques - choisis par l’artiste, « gravés dans le marbre » dessinent les contours d’une pensée utopique. Ils ont pour point commun une réflexion sur nos rapports à la nature, sur notre manière d’habiter le monde et sur la puissance de l’imaginaire.

Tatiana Trouvé vit et travaille à Paris, après une enfance à Dakar et des études aux Pays-Bas puis à la Villa Arson de Nice. À son arrivée dans la capitale, elle transforme sa recherche d’emploi en matière première de ses oeuvres, collectant et archivant les CV qu’elle envoie et les réponses stéréotypées reçues, en un bureau nommé B.A.I : Bureau d’Activités Implicites. Explorant les rapports entre passé et futur, présence et absence, réalité et fiction, elle privilégie les événements anonymes, oubliés, mais constitutifs de notre histoire et infléchissant nos vies. S’intéressant à ce que serait une mémoire des objets et des lieux, qui déforme la réalité reçue, Trouvé réinvente sans cesse le temps et l’espace, créant une dimension parallèle où les lois de notre monde sont recomposées, le spectateur désorienté, où tout, enfin, est à redéfinir.
 

Ryan Gander

Auteur d’une œuvre protéiforme, Ryan Gander (né en 1976 à Chester) vit et travaille à Londres. Il emploie tous les médiums pour interroger les mécanismes de perception d’une œuvre d’art dans un rapport complexe entre réalité et fiction. Ses œuvres parlent toutes, d’une façon ou d’une autre, d’absence, de perte, d’invisibilité, de latence. Avec I… I… I… (2019), Ryan Gander met en scène une souris animatronique qui bégaye, surprenant les visiteurs qui attendent l’ascenseur depuis un trou creusé dans le mur. Prisonnière de sa « boucle » animée, cette improbable souris, condamnée à vivre cycles après cycles, jusqu’à épuisement, nous donne à penser et à sourire sur notre propre condition.
 

Lili Reynaud Dewar

Formée à la danse classique au conservatoire, Lili Reynaud Dewar (née en 1975 à La Rochelle), est plasticienne et performeuse. Puisant dans les inventions de Joséphine Baker un répertoire chorégraphique intarissable, ses performances critiques et militantes font de son corps nu et peint une grammaire. Son corps se confronte aux milieux où il évolue et se fond.

Présentées dans le hall de l'escalier 18e de la Bourse de Commerce, deux performances en vidéos de Lili Reynaud Dewar se font face : la première suit sa danse dans les espaces de l'exposition « Dancing with Myself », en 2018, alors en plein démontage ; la seconde réalisée dans l'exposition « If the Snake », dont Pierre Huygue était le commissaire à l'occasion du deuxiéme Okayama Art Summitt en septembre 2019. Lili Reynaud Dewar estompe la frontière entre la sphère privée et la sphère publique : le musée devient un espace intime ; les gestes de la mémoire collective deviennent un langage physique personnel ; et elle met en scène son corps d’artiste nu et vulnérable. La peinture qui couvre ses formes le transforme en matériau d’une mutabilité extrême, quasiment abstrait.

Martial Raysse

La Côte d’Azur, ses rivages, son vestiaire coloré, son caractère estival, sont un décor et une inspiration récurrents dans l’œuvre de Martial Raysse. Le paysage de Nice est le décor idyllique de la Conversation printanière (1964). Ses premiers assemblages – Raysse Beach (1962) par exemple, sont imprégnés d’horizons balnéaires, sous le soleil d’une enseigne au néon et au rythme des chansons des Beach Boys. Ici Plage, comme ici bas (2012), grand panneau peint à la façon d’une peinture d’histoire aux couleurs siennoises, acides, presque électriques, réinvente la composition en frise des maîtres primitifs. À travers un paysage utopique, qui s’étend de la Montagne Sainte-Victoire à la cité et jusqu’au littoral, la foule des figurants – l’humanité tout entière, foule de carnaval,  bienheureuse ou damnée ? – processionne depuis le fond de la représentation jusqu’à éclater au premier plan à la façon d’une adoration des mages ou d'un cortège infernal du quattrocento. C’est sur une berge polluée, entre deux eaux, douces et salées, où perce le cercle fuchsia d’une bouée, que se dénoue la représentation énigmatique, à l’iconographie foisonnante, face au regardeur saisi et désemparé.

Philippe Parreno

Avec ses teintes changeantes intermittentes, ce « phare » transcrit en code le roman mythique et inachevé de René Daumal (1908-1944), récit publié à titre posthume en 1951. Il transmet dans le ciel de Paris le message de cette aventure fantastique, métaphysique, racontant la découverte et l’ascension collective d’une montagne unissant le ciel à la terre. Une quête sans fin, une aventure impossible, une métaphore de l’art et de son utopie. Philippe Parreno a conçu pour la Bourse de Commerce une nouvelle version de cette installation in situ. Reconfiguration, réminiscence, nouvel avatar d’une oeuvre créée en 2001 et centrale pour Parreno, Mont Analogue est installée au sommet d’un ouvrage unique, témoin architectural du site à la Renaissance, anciennement palais de Catherine de Médicis. Cette colonne, symbole du pouvoir royal autant qu’éminence ésotérique (la légende raconte en effet que les astrologues de la reine – dont les plus connus furent Cosimo Ruggieri et Nostradamus – y observaient les étoiles) devient un phare depuis lequel l’artiste diffuse à la ville un autre message. C'est sous la forme d’un code mystérieux, que l’artiste nous invite à découvrir les mondes invisibles, possibles, intangibles, de l’art.

Philippe Parreno (né en 1964, en Algérie) formé aux Beaux-Arts de Grenoble et à l’Institut des hautes études en arts plastiques de Paris, explore les ressources de l’exposition comme médium. Convaincu, que le projet prime sur l’objet, son intérêt pour une approche dynamique et collaborative de l’art le pousse à travailler avec d’autres artistes – tels Pierre Huyghe, Tino Sehgal, Douglas Gordon et Dominique Gonzalez-Foerster, … – afin de repenser de manière radicale le concept d’exposition. Parreno intervient souvent sur les mécanismes de fonctionnement de la manifestation, en créant des environnements où se succèdent des éléments éphémères ou d’une durée variable, et en faisant de l’exposition même un objet artistique. Dans les années 2000, ses films se peuplent de fantômes et d’automates, reflets d’une interrogation sur la partition entre fiction et réel, récit et origines. Ils se déroulent dans un espace poétique ponctué de fortes références au monde de la science-fiction, des sciences et sciences occultes, de la philosophie et de la fable.

Du lundi au dimanche de 11h à 19h
Fermeture le mardi et le 1er mai.
Nocturne le vendredi jusqu’à 21h
Le premier samedi du mois, nocturne gratuite de 17h à 21h.

En raison de la situation sanitaire, la réservation est obligatoire en ligne ou sur place.
Plein tarif : 14€
Tarif réduit : 10€
Gratuit après 16h pour les porteurs de la carte Super Cercle.
 

Du 19 janvier au 14 février, la Bourse de Commerce est en mouvement pour préparer l’exposition Charles Ray. 
Tarif plein : 9€
Tarif réduit : 7€
Ce billet donne accès aux expositions en cours (Hammons, Araki, Lavier, œuvres in situ), aux visites flash et éclairage et à l’app en ligne pour observer les œuvres et l’architecture.

Les expositions