L’interview de François Pinault

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Francois Pinault
Interview
10 mai 2021

L’interview de François Pinault

« De temps en temps, il y a l'exception, il y a le chef d'œuvre, qui vous tétanise, qui vous interpelle et là, c'est plutôt bon signe. » François Pinault

Temps de lecture
5 mn
Par François Pinault,

Que ressentez-vous au contact des œuvres contemporaines ?

Ça dépend lesquelles, il y a des œuvres, en face desquelles on ne ressent rien, on ne ressent rien ou pas grand-chose. Et de temps en temps, il y a l'exception, il y a le chef d'œuvre, qui vous tétanise, qui vous interpelle et là, c'est plutôt bon signe.

 

Que se passe-t-il au moment de la rencontre avec une œuvre d’art ?

Ce qui se passe, je ne saurais pas le définir, c'est une intense émotion, c'est une chose qui vous saisit, qui vous interpelle, qui vous frappe. C'est la passion qui vous marque et vous êtes un peu piégé, en vous disant cette œuvre-là, je ne peux pas la laisser filer. Et on rentre dans le processus pour l'ajouter à une collection pour permettre à d'autres de la regarder. En espérant que beaucoup d'autres auront la même émotion que celle que j'ai ressentie la première fois.

 

Quelle est l’œuvre de votre collection qui vous a donné le plus de joie ?

J'espère que c'est celle que je verrais demain ou dans les années qui viennent. J'ai souvent beaucoup de joie avec des œuvres. Mais je rêve que la plus belle, celle qui me donnera le plus de joie, c'est celle que je verrais demain matin.

 

Que souhaitez-vous pour le public qui viendra voir ces œuvres ?

Il y a beaucoup d'œuvres contemporaines, peut-être un peu d'avant-garde, qu'un public non averti aura du mal à saisir, mais j'espère qu'il essaiera de comprendre, qu'il essaiera d'ouvrir son esprit et ça lui permettra de voir les choses différemment de la marche du monde, de sa propre vie. C'est un remède, c'est le meilleur, je crois.

 

Qu’est-ce qui fait la singularité de ce musée à la Bourse de Commerce ?  

Il y a son histoire, déjà, il y a son emplacement dans Paris, il y a surtout cette architecture 18e, 19e, très imposante, il y a surtout cette coupole extraordinaire. C'est pourquoi j'ai voulu que cette architecture du passé soit restaurée dans les règles de l'art avec beaucoup d'attention, dans le respect de ce qui s'est fait il y a un siècle ou deux, même un peu plus avec la colonne Médicis et l'intervention de l'architecture du 21e siècle avec Tadao Ando. Montrer comment une architecture ancienne, du temps passé, de qualité, puisse vivre en harmonie avec une architecture audacieuse du 21e siècle. On voit que tout cela, ça fonctionne. Comme dans l'art d’ailleurs, c'est la même chose.

 

Pourquoi avoir choisi d’investir ce bâtiment ancien et en partie classé ?

Je pense qu’avoir permis à des architectes d’aujourd’hui d’appréhender cette construction ancienne, de faire quelque chose de tout à fait nouveau, c’est la vie qui continue ! On ne rejette pas l’architecture du passé comme l’art du passé, il y a de très belles choses qui se sont faites dans les siècles passés, mais en même temps il se créé encore aujourd’hui des choses de qualité, que ce soit l’architecture, la peinture, la sculpture. C’est ce que Tadao Ando a magnifiquement réussi à faire.

 

Comment avez-vous accueilli le premier dessin de Tadao Ando pour la Bourse de Commerce ?

Je l'ai accueilli avec surprise parce que ç’a été très vite. J’étais stupéfait de la vélocité de ses capacités créatives. J'étais stupéfait de la vélocité, de ses capacités créatives, de la rapidité de tout ça. Tout de suite, je lui ai dit « oui, il faut aller dans cette direction, ça me va bien ». Ce qu'il a fait avec beaucoup de talent. Au départ, ça m'a surpris parce qu’un cercle dans un cercle... Mais après une réflexion rapide, c'est ça qu'il fallait faire.  Il a pu exprimer sa créativité dans un cadre ancien. Ce qu'il aime faire d'ailleurs.

 

Qu’est-ce qui vous touche dans le travail de Tadao Ando ?

Il m'avait montré que le béton est un matériau noble et qu'on peut en faire des choses d'exception. Le travail Tadao Ando, c'est l'aspect minimal de sa création. Tout ce qui est nécessaire est là, tout ce qui est superflu n'est plus là, c'est comme l'art minimal. Regardez les œuvres de Ando, il y a tout ce qu'il faut, rien de plus.