« Avant l'Orage »

du 8 février
au 11 septembre 2023
Hicham Berrada, Présage, 2018
Fermer Hicham Berrada, Présage, 2018

De février à septembre, de l’hiver à l’automne, le cycle d’expositions « Avant l’orage », présentée par la Collection Pinault, invite à un cheminement, de l’ombre à la lumière, à travers des installations et des œuvres emblématiques pour certaines, inédites pour d’autres, d’une quinzaine d’artistes, qui s’emparent de tous les espaces de la Bourse de Commerce.

Sur fond de dérèglement climatique, dans l’urgence du présent, les artistes de l’exposition inventent des écosystèmes instables figurant d’inédites saisons. Notre course effrénée au progrès et à l’abondance a irrémédiablement transformé notre environnement. Son dérèglement nous oblige à nous adapter en retour. Jadis grenier à blé de Paris, le bâtiment de la Bourse de Commerce fut à partir de 1889 le témoin et l’acteur de l’accélération mondialisée des échanges prédateurs, issue de la colonisation et de l’exploitation intensive des ressources de la planète. Dans l’architecture de fer, de verre, de pierre et de béton de la Bourse de Commerce, qui pourrait tout aussi bien être celle d’une serre, une série de temporalités fugitives et contradictoires apparaissent, dont le paysage imaginé par Danh Vo pour la Rotonde.

Au sein des autres espaces, un accrochage de la Collection Pinault soutient cette naissance d’une ronde de saisons en devenir, d’écosystèmes en mutations, de micro-territoires en gestation, baignés dans une lumière tendant vers un crépuscule climatique mutant. Présage d’Hicham Berrada, qui immerge le visiteur dans un paysage en pleine transformation, nous fait prendre conscience de la beauté d’un monde sans nous. Chernobyl de Diana Thater nous fait pénétrer dans un paysage irradié, théâtre apocalyptique, tandis que Human Mask de Pierre Huyghe suit les faits et gestes d’un singe, errant dans ce qui semble être une ville abandonnée aux abords de Fukushima. Waterfall de Robert Gober met en scène une nature en trompe l’œil dont nous sommes irrémédiablement séparés tandis que le Untilled (jeu de mot entre « sans-titre » et « non-cultivé », « infertile »), toujours de Pierre Huyghe restitue le monde tel qu’il est vécu par les non-humains, des chiens aux insectes, au sein d’un compost engagé dans de nouvelles possibilités de fertilisation du monde.

Chez Lucas Arruda, ce sont de minuscules paysages mentaux qui composent un univers fait d’indistinctions, où les ciels de poix, sfumati toxiques, laissent la place à des couleurs inventées, difficiles à discerner. La peinture est tout à la fois organique, chromatique et vénéneuse dans les empreintes que Thu Van Tran dépose sur les surfaces du white cube à partir de voiles d’hévéas transformés en caoutchouc par l’exploitation coloniale en Amazonie et en Asie depuis la fin du 19e siècle. Dans l’œuvre d’Anicka Yi, ce sont les cocons végétaux qui accouchent d’insectes robotiques, brouillant la frontière entre le naturel et l’artificiel, à l’image du cyborg de Donna Haraway, chez qui s’annule tous les dualismes issus de la modernité, pour mieux embrasser toutes les porosités entre les êtres et les identités : ces mutations s’annonçaient déjà dans les hybridations d’Alina Szapocznikow, où le corps humain se mêle au végétal comme à l’objet. Enracinés dans le sol, tributaires des errances du soleil, nous partageons la condition des végétaux, de tous les vivants qui nous entourent. 

La nature relationnelle de notre humanité s’exprime également dans le dialogue que Daniel Steegmann Mangrané engage avec Cy Twombly : le peintre américain y décrivait une course cyclique déréglée du temps, où la barque solaire se confondait avec l’image d’un œil qui s’ouvre pour mieux se fermer, et où la croyance aux dieux antiques se mêlent aux ondulations du désir. 

L’artiste espagnol s’y love en déployant une somme de situations fragiles, simples fils tendus abritant des feuilles et des branches, filaments lumineux répondant aux fluctuations du climat comme à la présence des visiteurs. 

Commissariat : Emma Lavigne, directrice générale, et Nicolas-Xavier Ferrand, chargé de recherche

Du lundi au dimanche de 11h à 19h
Fermeture le mardi et le 1er mai.
Nocturne le vendredi jusqu’à 21h
Le premier samedi du mois, nocturne gratuite de 17h à 21h.

La réservation est conseillée.
Plein tarif : 14€
Tarif réduit : 10€
Gratuit après 16h pour les porteurs de la carte Super Cercle.