Charles Ray

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Figure majeure de l’art de notre temps, le sculpteur américain Charles Ray (né en 1953) a fait l’actualité culturelle : en dialogue avec l’artiste, la Bourse de Commerce — Pinault Collection lui consacre une importante exposition. Cette carte blanche à l’artiste, inédite en France et en Europe par son ampleur, est partagée avec le Centre Pompidou : deux expositions présentées dans les deux musées, voisins l’un de l’autre. Le corpus de l’œuvre de Charles Ray étant composé d’une centaine de sculptures et de bas-reliefs, c’est plus d’un tiers de son œuvre sculpté qui se trouve présenté à Paris pour la première fois, avec près d’une vingtaine d’œuvres à la Bourse de Commerce — Pinault Collection comme au Centre Pompidou.

Entre formalisme et réflexion sur la représentation et sur l’individu, Charles Ray joue avec la notion d’échelle, le recours au réalisme comme à la stylisation. Ici une attention soudaine au détail, ailleurs une veine qui s’efface, un regard absent, une expression suspendue... Faits sculptures, les êtres et les objets quotidiens pris pour modèles déjouent sobrement nos repères, par ces imperceptibles décalages et transpositions, par un recours à ce que l’œil pourrait, au premier regard, retenir comme une obsession hyperréaliste, virtuose presque, mais dont les détails, les particularismes, se dérobent.

Sans attribut, contexte, ni narration, les œuvres de Charles Ray parviennent, par leur présence, leur masse, leur monumentalité,  à s’ériger en figure universelle, jusqu’à l’abstraction.

L’artiste s’amuse à « nous y faire regarder à deux fois ».  Plus encore : tant par leur «étrange familiarité », leur ambiguïté, que par leur indicible précision aux allures de prouesse, les œuvres de Charles Ray déstabilisent, comme sous l’effet d’une hallucination, parvenant presque à ébranler l’espace autour d’elles, la réalité même, faisant entrer silencieusement le regardeur dans une forme de fiction.

Les œuvres de Charles Ray s’inscrivent dans une profonde connaissance de l’histoire de l’art classique, de l’Antiquité. Elles sont traversées par les grands exercices de la statuaire, la maîtrise et le jeu sur ses incontournables canons, tout en prenant vie dans l’histoire, les thématiques et les démarches propres à l’art contemporain le plus radical.  Que l’œuvre soit produite en acier, en fibre de verre, en aluminium, en ciment, en papier, en acier poli, la pratique de Charles Ray convoque divers procédés, entre travail artisanal et technologie industrielle de pointe, dissimulant toujours sa complexité parfois vertigineuse et le temps souvent très long de son élaboration.

Charles Ray explique comment, par sa lecture de l’œuvre d’Alberto Giacometti et de ses figures élancées dans l’espace, il est venu à ne plus « penser à la sculpture » mais à « penser sculpturalement ». 

Sa pratique artistique place en effet la question de l’espace au centre de sa recherche et propose au regardeur une expérience du rapport au réel, plus complexe, plus mystérieuse. Pour Charles Ray, la sculpture est le médium qui instaure la relation la plus privilégiée à l’espace, qui explore le plus efficacement cette mise en tension, physique et psychique. Aussi, l’artiste conçoit-il des sculptures capables d’agir sur le spectateur, notamment par l’ampleur de l’espace vide qu’elles nécessitent autour d’elles, sans mise à distance, le plus souvent de plain-pied, sans dispositif apparent de soclage.

L’exposition à la Bourse de Commerce s’étend du parvis du musée à la Rotonde, du Salon aux galeries du 2e étage et à l'Auditorium. Elle dévoile un ensemble exceptionnel, dont six œuvres inédites, issues à la fois de la Collection Pinault et de prêts à d’importantes collections publiques et privées dans le monde. Deux œuvres de la collection sont également prêtées pour l’accrochage du Centre Pompidou. Ce choix témoigne de la force de la relation, depuis plus de vingt ans, entre le collectionneur et l’artiste, et l’importance que ce dernier occupe dans la collection (sept œuvres présentées dans onze expositions depuis 2006, dont certaines ont acquis une dimension iconique comme le Boy with frog – commandé à Charles Ray par François Pinault pour l’ouverture de la Punta della Dogana et qui fut exposé devant la Douane de mer à l’embouchure du Grand Canal, à Venise).

Une série de poèmes enregistrés par l'artiste est à écouter à l'Auditorium. Depuis 15 ans, Charles Ray se lève chaque jour avant l’aube et marche pendant plusieurs heures. Pendant des années, il a parcouru les monts Santa Monica près de chez lui à Los Angeles. Aujourd’hui, c’est à travers la ville qu’il marche, depuis son domicile jusqu’à l’Océan Pacifique. Si au début, Charles Ray marchait tous les jours pour être en forme, cette promenade matinale est devenue un moment de réflexion quotidien avant le lever du jour. Récemment, il a commencé à prendre des notes audio sur son iPhone lors de ces promenades d’avant l’aube. Nous présentons ici cinq de ces enregistrements quotidiens. Ils représentent un flux de conscience pédestre.

À l'Auditorium,
The moon 1968, 17’
Magic, 14’3’’
One electron theory of the universe, 9’50’’
Caesar’s last breath, 11’42’’
Chabad of Brentwood, 12’41’’

 

 

L’exposition s’inscrit dans le fil des monographies, cartes blanches et rétrospectives consacrées, à Venise, aux figures majeures de l’art contemporain par Pinault Collection : Marlene Dumas (2022), Bruce Nauman (2021), Henri Cartier Bresson (2020), Luc Tuymans (2019), Albert Oehlen (2018), Damien Hirst (2017), Sigmar Polke (2016), Danh Vo (2015), Martial Raysse (2015), Irving Penn (2014), Rudolf Stingel (2013) et Urs Fischer (2012).

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