Tabouret / Cheng / Yiadom-Boakye / Doig / Dumas / Serpas / Marshall

jusqu’au 31 décembre 2021
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Kerry James Marshall,  Supermodel (Female), 1994
Fermer Kerry James Marshall, Supermodel (Female), 1994. © Kerry James Marshall. Courtesy de l'artiste et Pinault Collection. Photo Maxime Verret

Le parcours de peinture, commencé avec les trois portraits monumentaux de l’artiste Rudolf Stingel, se développe dans tout le cycle des galeries du deuxième étage et  amplifie le choix de l’exposition « Ouverture » : jouer le plus possible des spécificités architecturales du monument, de la transparence, de la lumière naturelle, des vues traversantes, de la courbure des murs accentuant l’effet de singularité des espaces.

L’accrochage inédit, mixte du point de vue du genre, des origines et des cultures, est ouvert à toutes les générations : à des artistes nés autour des années 1950, comme Marlene Dumas, Thomas Schütte, Miriam Cahn ou Kerry James Marshall, répondent des artistes nés à la fin des années 1970, comme Lynette Yiadom-Boakye, dans les années 1980, comme Florian Krewer, Xinyi Cheng, Claire Tabouret et Antonio Oba, ou dans les années 1990 comme Ser Serpas.

 

Claire Tabouret

L’œuvre peint de Claire Tabouret se nourrit de photographies, archives personnelles et clichés anonymes. Les personnages sont extraits de leurs repères et propulsés au cœur d'un espace pictural énigmatique. Comme sur ce double autoportrait de l’artiste, portant un « hoodie », sweat-shirt à capuche asexué et banal. Sur l’un la capuche tombe, révélant la lassitude de la tête posée entre les mains, accoudée à une table dans un flot de couleurs acides ; sur l’autre, la même capuche nimbe d’un orange électrique le visage androgyne et juvénile où flotte, incrédule, le regard.

Claire Tabouret (née en 1981 et travaillant à Los Angeles) est l’héritière de la peinture d’histoire et du genre du portrait, son œuvre est habité de photographies personnelles, d’images anonymes, d’autoportraits. Elle peint par superposition d’épaisseurs, de couleurs, tout en fluidité et en transparence, dans un demi-jour traversé de fluorescences. Dans ces strates naissent des présences, en très grands formats de groupe ou en portraits aux cadrages resserrés. Des « Débutantes » en robes surannées de 2014 aux corps affrontés de « Born in Mirrors » en 2019, des rangs des Insoumis à ceux des Veilleurs (« L’Illusion des Lumières », Palazzo Grassi, 2014-2015), peindre est, pour l’artiste, une « manière de presser l’image, d’en extraire une lumière interne, un indice ténu ».
 

Xinyi Cheng

Dans son entourage, son intimité, Xinyi Cheng capte un mouvement, un visage, resserre le cadre sur un geste et travaille la peinture souvent d’après des photographies personnelles : une femme, cigarette aux lèvres, le visage nimbé par la lueur d’un briquet, une main protégeant une allumette dont l’incandescence semble percer la toile, un homme barbu portant sa bouche à un filet d’eau.

L’artiste imagine aussi des compositions figées, lascives, baignées de teintes chaudes et froides, constellées d’accidents, irradiées par une lumière venue de la couleur même. Xinyi Cheng, née en 1989 en Chine, vit aujourd’hui entre Shanghai et Paris. À Baltimore en 2012, elle connaît sa « vraie révélation » : son langage pictural, nourri de la peinture des maîtres anciens (Bellini), des figures de la modernité (Monet, Degas, Picasso…) comme empreint des oeuvres plus contemporaines de Francis Bacon, Gerhard Richter, Luc Tuymans.
 

Lynette Yiadom-Boakye

Trois figures, hommes et femmes, peintes par Lynette Yiadom-Boakye se répondent dans la Galerie 7, reprenant et détournant les formules canoniques du portrait en pied, du triptyque, du portrait en buste… Magistrale, la peinture de Yiadom-Boakye l’est par sa facture, à la mesure des maîtres dont elle revendique la leçon et l’influence ; elle l’est plus encore par la force de son geste, qui remplace les portraits de nobles personnages ou effigies de bourgeois d’hier par des anonymes, noirs, modèles imaginaires, dans des poses et des cadrages inspirés des archétypes de la peinture : grande figure couchée, portrait en buste, portrait en pied, portrait de groupe en frise. Rendant flagrante, à rebours, l’omission de la figuration noire dans la tradition picturale, son oeuvre fait acte politique.

Ses compositions nimbent d’un cadre indéfini des figures qui « ne partagent pas nos préoccupations ou nos inquiétudes », étant  « tout à fait ailleurs ». Le spectateur est appelé à cocréer, par le travail de son imagination, le monde où vivent ces visages à l’insistante familiarité. Née à Londres en 1977 de parents ghanéens, la peintre Lynette Yiadom-Boakye s’est formée à la Central St Martins School of Art and Design, au Falmouth College of Art et à la Royal Academy School. Ses portraits, « suggestions de personnes », revendiquent l’influence de Manet, Goya, Degas. Écrivaine, l’artiste publie également ses nouvelles et poèmes dans ses catalogues d’exposition.
 

Peter Doig

Red Canoe (2000) suit la découverte des Baigneuses à la tortue de Matisse, aux grands aplats de couleurs liant abstraction et figuration. Comme Matisse désirait la « sérénité », Doig, résumant la scène, aspire à sa « stabilité ». L’acteur Robert Mitchum en maillot de bain : c’est Red Man (2017), issu d’une série où le baigneur succède au skieur. Painting on an Island et Night Bathers (2019) font partie de productions plus récentes.

Peter Doig, né 1959 à Edimbourg, grandit dans les Caraïbes et au Canada, avant de se former à Londres. Il vit entre Londres et Trinidad dans les Caraïbes. Le caractère incommensurable de la nature, sa puissance métaphysique, marquent ses toiles. Inspiré par le romantisme allemand, Edward Hopper, Edvard Munch, comme par les films d’horreur, Doig peint des lieux indomptés, traversés de traces laissées par l’homme : habitations, canoës, silhouettes… Son lexique simple (homme, bateau, eau, neige), peint d’après une réalité altérée par la photographie, conserve à ses toiles un caractère énigmatique sous des dehors presque naïfs. Professeur à la Kunstakademie de Düsseldorf, Doig aime à faire dialoguer son travail avec celui de ses élèves, poursuivant l’histoire de l’école, légendaire matrice de la peinture contemporaine allemande.
 

Marlene Dumas

Marlene Dumas collecte, saisit, scrute les images, pour les interpréter, leur redonner corps et voix, comme dans Mamma Roma (2012) : le visage étroitement cadré d'une mère déchirée par la douleur de la perte de son enfant - celui de l'actrice Anna Magnani dans le film éponyme de Pier Paolo Pasolini réalisé en 1962. Angels in Uniform (2011) fait revivre, d’après une photographie, les « petites étoiles » pensionnaires de la Fondazione Stelline milanaise, un orphelinat. Les silhouettes de Stellina et Destino (2012) montrent, en gros plan, l’insouciance volée à l’enfance. Les 36 crânes de la série « Skulls » (2011-2014) composent un memento mori immersif.

Marlene Dumas, née en 1953 en Afrique du Sud, vit à Amsterdam. Ses toiles et dessins, à l’huile ou à l’encre, sont des portraits transfigurés, reflétant la condition humaine, écartelée entre le désespoir et l’extase, la mort, l’amour de la beauté. Un moment crucial se joue dans la recherche ou « vol » des images qui serviront de modèles, parfois issues, pour une même oeuvre ou série, de la publicité de mode et de l’iconographie chrétienne de la Renaissance (série des « Magdalena »). Le sexe, l’innocence et la faute, habitent ce travail où l’intime répond au politique, le fait divers au mythe, notre façon d’être au monde aux flux d’images qui désormais nous irrigue. « Je peins parce que je suis une femme. […] Je peins parce que je suis une femme pieuse. (Je crois en l’éternité). […] Je peins parce que je suis une femme sale. (Peindre est une affaire désordonnée). […] La peinture parle de la trace du toucher humain. Elle parle de la peau d’une surface. »

Ser Serpas

Influencée par ses expériences dans les domaines associatif et de la mode, Ser Serpas (née en 1995 à Los Angeles) a notamment fait de la surconsommation l’un des thèmes centraux de son art. Certaines compositions anthropomorphes mêlent empilages textiles et objets de rebut, jouant de la sensualité de leurs relations. Ses dessins et ses peintures montrent aussi, issus d’images trouvées sur Internet comme saisies au smartphone, des corps nus, sexualisés, morcelés : jamais leurs identités et leur visage ne se donnent à voir. Les détails de leur anatomie, selon des perspectives inédites, à travers les cadrages resserrés propres à la prise de vue par téléphone portable, composent, d’une toile clouée directement au mur à une autre, un portrait fragmentaire et anonyme de corps en transition. L’utilisation de panneaux de bois, ou de rectangles de toiles inégaux décloués de leur châssis, allie la matérialité des supports à un tracé très expressif. Présentés en polyptiques sur une cimaise du parcours, les tableaux de Ser Serpas présentés, pour la première fois, à la Bourse de Commerce, fusionnent ces bribes de corps, ces chairs pâles, rosées, olivâtres, métisses, et semblent recomposer une incarnation universelle.
 

Kerry James Marshall

Kerry James Marshall insère des figures noires dans des archétypes de l’histoire de l’art et de la culture populaire dont elles sont restées historiquement exclues. Sa série « Supermodel » s’ancre dans la culture pop et plus particulièrement dans l’univers de la musique avec une citation de l’album éponyme, sorti en 1992, par la drag-queen culte RuPaul. Revisitant les icônes de l'histoire de la peinture classique, notamment avec Untitled (2012), Marshall révisite les Vénus de la Renaissance, grandes figures couchées, traversant toute la composition : un homme nu, en chaussettes, allongé sur un couvre-lit de fourrure, tenant le drapeau du panafricanisme devant son sexe, éclairé par la blancheur glacée des draps et d’un oreiller du lit, fait figure de nouvelle Olympia, jouant des codes du célèbre tableau de Manet.

Enfant à Los Angeles, Kerry James Marshall est témoin des émeutes raciales de l’été 1965. Dans le feu des violences, les mouvements d’émancipation africains-américains le marquent. En choisissant de peindre, en grands formats, des figures noires, Marshall donne à leurs corps une place dans l’histoire de l’art. Prenant à la lettre l’application d’un unique adjectif à des carnations plurielles, il accentue la « noirceur » des peaux par des pigments tels que l’oxyde de fer, magnifiant, dans des scènes aux riches couleurs, la « beauté noire ». Auteur de son canon, il unit la tradition de la peinture d’histoire occidentale à celle de la peinture africaine, présente dans la facture et la palette. Professeur, en collection dans d’importantes institutions, il a ouvert la voie à des peintres engagés, telle Lynette Yiadom-Boakye. Né en 1955, l’artiste vit et travaille à Chicago.

Du lundi au dimanche de 11h à 19h
Nocturne le vendredi et le samedi jusqu’à 21h
Le premier samedi du mois, nocturne gratuite de 17h à 21h
Fermeture le mardi et le 1er mai.

Un billet unique pour toutes les expositions. En raison de la situation sanitaire, la réservation est obligatoire en ligne ou sur place.
Plein tarif : 14€
Tarif réduit : 10€

Gratuit après 16h pour les porteurs de la carte Super Cercle.