Martin Bethenod : « L’art contemporain me semble être un des domaines les plus passionnants pour un musée. »

Martin Bethenod
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Interview
11 janvier 2021

Martin Bethenod : « L’art contemporain me semble être un des domaines les plus passionnants pour un musée. »

Martin Bethenod, directeur général délégué de la Bourse de Commerce, évoque le programme de la Bourse de Commerce — Pinault Collection ainsi que sa vision de l’art contemporain.

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7 mn
Par Bourse de Commerce,

Comment allez-vous habiter cette impressionnante architecture ?

 

Quel sera le programme de la Bourse de Commerce ?

Cette programmation s’organise autour de ce rapport à la collection de deux manières. D’une part, il s’agit de montrer des propositions qui sont construites à partir des œuvres de la collection, inviter un ou une commissaire, un groupe de commissaires à partir d’un thème ou d’une idée à proposer un projet qui met en jeu, met en scène, met en perspective les œuvres de la collection. Proposer à un artiste de développer avec lui ou avec elle un projet nouveau qui peut être constitué d’œuvres de la collection mais aussi d’œuvres nouvelles produites, commandées pour l’occasion mais aussi être constitués de prêts ou d’échanges faits avec d’autres institutions publiques ou privées, c’est aussi l’invitation à des créateurs, à des artistes émanant d’autres disciplines à venir eux aussi se confronter à cet espace, renouveler la perception que l’on peut porter aussi bien sur l‘espace monumental de la Rotonde que l’espace du Foyer ou de l’Auditorium en faisant des propositions qui peuvent être du registre du concert, de la performance, de la chorégraphie, l’idée étant à chaque fois de privilégier cette dimension du live. Un musée d’art contemporain, c’est un lieu réel dans lequel des personnes réelles se confrontent à des œuvres réelles à un moment précis. Cette programmation de live qui se double aussi d’une programmation de parole, de rencontre et de dialogue avec les artistes, vise d’une part à donner de la profondeur, en rencontrant, un artiste, en parlant avec lui, en interrogeant des intellectuels en confrontant les œuvres que nous montrons, en confrontant nos projets, à des regards qui émanent d’univers ou d’horizons très différents. Autre dimension tout à fait importante au cœur de la programmation elle-même, c’est la dimension de médiation, comment faire en sorte de donner au visiteur les clés, les pistes pour comprendre, pour approfondir, pour approcher, pour rencontrer au sens fort du terme les œuvres que nous présentons.

« Cette dimension de prendre soin des œuvres, de les protéger est quelque chose d’extrêmement important, c’est une responsabilité qu’a un musée d’art contemporain à l’égard des œuvres qu’il montre. »

Comment partager une collection particulière avec le public ?

Toute collection s’enrichit par la manière dont elle vit. Elle vit en se confrontant à d’autres choses qu’elle-même, à des œuvres qui viennent d’autres horizons. Elle s’enrichit en se confrontant à des regards différents qui peuvent être des regards de commissaires, des regards d’artistes. Elle vit aussi en se confrontant à des publics et par la manière dont elle vient sans cesse frotter des problématiques qui, au-delà du monde de l’art, innervent notre temps et notre société. Toute collection construit un ensemble clos sur lui-même, mais elle construit avant tout un ensemble poreux, perméable à ce qui se passe dans le monde et à ses grandes problématiques, qu’il s’agisse de problématiques sociales, de genre, politiques, post-coloniales ou raciales. La Collection Pinault, ouverte sur le monde, ouverte sur ces mouvements, ouverte sur aujourd’hui et à ce titre, je pense que la rencontre que le public fait avec la collection est aussi une rencontre avec un point de vue sur notre monde et notre temps.

 

L’art contemporain, ça commence quand ? On est « contemporain » pendant combien de temps ?

 

« La Collection Pinault, ouverte sur le monde, ouverte sur ces mouvements, ouverte sur aujourd’hui et à ce titre, je pense que la rencontre que le public fait avec la collection est aussi une rencontre avec un point de vue sur notre monde et notre temps. »

Quelle a été votre première rencontre avec l’art ?

Ma rencontre avec l’art contemporain s’est faite dans les années 1990 autour de l’œuvre de Félix González-Torres, autour de la rencontre avec ses œuvres à la Biennale de Venise, puis au Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris, et la rencontre avec un art qui me parlait très directement, qui me proposait des œuvres extrêmement belles, douces, profondes et qui avait une manière de formaliser, de formuler mieux que toute autre discipline, mieux que le roman, le cinéma, la musique à un certain moment les questions que je pouvais me poser.