Bertrand Lavier

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Entre le 19e siècle et le 21e siècle, la façade intérieure, ses grands décors et la radicalité du béton, Lavier a orchestré la mise en abîme de la relation entre un contenant historique et un contenu contemporain que propose le bâtiment à l’échelle de la ville. Premier artiste invité à habiter cet espace d’exposition atypique, il a proposé une « rétrospective en vitrine » inédite et joueuse, d’inspiration duchampienne.

Dans ces vitrines, Bertrand Lavier a exposé des objets et des formes qu’il arrachait au quotidien, autant qu’à l’histoire de l’art, et qu’il jouait à déplacer afin d’interroger leur valeur à travers l’assemblage (superposition, inversion, rébus...), le soclage, le prélèvement, etc. La valeur d’usage de l’objet est annulée ; il devient signe, matière à penser. L’artiste réinvestit avec humour des objets prosaïques, industriels, des procédés ; il explore la nature même de l’œuvre, la question de la signature, de la peinture, de l’original, du geste artistique.

Né en 1949 en Bourgogne, celui qui se destinait au métier d’horticulteur a construit, depuis un demi-siècle, une œuvre dont les ressorts poétiques sont la greffe, l’hybridation. Les périodes de ce corpus irrévérencieux et lettré, iconoclaste autant qu’iconophile, se nomment « chantiers ». L’un de ses premiers et plus importants chantiers est « Objets peints ». Dans les vitrines de la Bourse de Commerce, on voit une armoire ou encore un extincteur ainsi recouverts d’une couche de peinture et rendus à l’art par le truchement de ce que Lavier nomme, avec ironie, sa « touche Van Gogh ». Finement étalées sur le verre scindé en deux parts, à l’intérieur d’une autre des 24 vitrines, deux teintes de peintures industrielles (toutes deux « rouge géranium »), provoquent l’émotion de la couleur et confrontent les mots à l’image qu’ils convoquent, distordant le réel au passage… Tout comme les deux néons, Blue et Red, brillant chacun de la couleur de l’autre. Une autre vitrine se couvre de blanc d’Espagne, toujours pour déjouer le statut de la peinture, tandis qu’au fond d’une de ses voisines le même geste, la même touche sinueuse, talochée, s’imprime en transparence sur un miroir. Ici, une mobylette accidentée pendue comme un massacre. Ici, un objet du chantier « Walt Disney Productions », à la couleur verte et aux formes Pop, trône sur son piédestal ; ailleurs la même silhouette cartoonnesque devient fantôme à travers le verre armé qui la soustrait à sa vanité. L’artiste se joue 24 fois de nos idées toutes faites.