Edith Dekyndt

jusqu’au 11 septembre 2023
Fermer Ombre indigène, 2014 (c) Photo : Edith Dekyndt

Dans les vitrines du passage.

« Avec l’ébranlement de l’économie marchande, nous commençons à percevoir les monuments de la bourgeoisie comme des ruines avant qu’ils ne s’écroulent. » (Walter Benjamin)

Après Bertrand Lavier et Anri Sala, c’est l’artiste belge Edith Dekyndt qui s’empare des vitrines du passage de la Bourse de Commerce. Profondément liée à la marchandisation et à la colonisation, la notion de vitrines naît véritablement au moment de l’industrialisation, des premières expositions universelles. C’est de ce constat initial et de la présence forte et structurelle de la toile panoramique de la Rotonde qu’Edith Dekyndt a construit son projet qui met en lumière son profond intérêt pour les choses au travers des notions de natures mortes, de tableaux vivants, d’objets actifs. Comme elle le dit, l’image l’intéresse « en tant que phénomène d’apparition, de résurgence, dans le mouvement ». Au travers de ces sujets, c’est le questionnement de l’apparition de l’œuvre d’art et de son statut en tant que tel qu’Edith Dekyndt interroge, cette ambiguïté ; cette suspension entre deux états : celui d’objet et celui d’œuvre d’art, dont elle explore la limite extrême.

Le « non finito » (l’inachevé) est au cœur du travail d’Edith Dekyndt : son processus de création, particulièrement ouvert, axé sur l’idée de processus et sur l’exploration d’idées et d’expériences. Son étude du mouvement et de la transformation des éléments décrit les degrés et les variations ineffables de couleurs, de lumières, de perspectives atmosphériques.

Pour les vitrines de la Bourse de Commerce, Edith Dekyndt compose des ensembles épars d’objets domestiques (cassés, tombés, ramassés, récupérés, posés, couverts, réparés, immergés, accrochés, suspendus, flottants…) qui rappellent entre autres la tradition du théâtre d’objets.

À ces ensembles s’entrelacent trois vidéos rendant également compte de « l’existence fascinante des choses ».

Ces « scènes », à la fois silencieuses et vivantes, immobiles et animées où le temps est suspendu, nous troublent de la même manière que l’artiste avait été émue par la découverte des peintures de Vermeer lorsqu’elle avait une vingtaine d’années. Cette peinture « moléculaire » privilégie une approche quasi organique du vivant et la précision extrême des éléments (lumière, texture, objets) l’a résolument nourrie dans sa démarche artistique.

Face à ces œuvres, chaque spectateur voit se démultiplier sa capacité à regarder en vivant une expérience physique et mentale singulière qui prend en compte à la fois l’œuvre et le lieu dans lequel elle est présentée.

Inspirée des « actants » de Bruno Latour, Edith Dekyndt définit ses compositions, ses objets sous la dénomination de « patients », certainement parce que tous ces objets qu’elle active attendent d’être trouvés, réparés, transformés par des facteurs chimiques, physiques, météorologiques, atmosphériques. C’est dans cet entremêlement du faire et du voir que l’œuvre d’Edith Dekyndt prend forme.
Comme point de départ à ce projet des vitrines, Edith Dekyndt a décidé de placer sa vidéo récemment devenue emblématique et virale, Ombre indigène (2014) où l’on découvre un drapeau constitué de cheveux noirs coupés qui a été planté au-dessus des rochers de la côte du Diamant, sur l’île de la Martinique. C’est à cet endroit précis, que dans la nuit du 8 au 9 avril 1830, un bateau de traite clandestine transportant une centaine de captifs africains s’est échoué avant d’être totalement détruit. Filmée à côté de la tombe du philosophe martiniquais Édouard Glissant, cette vidéo est un hommage au fondateur du concept de « tout monde » et de « créolisation ». Ce qui retient l’attention dans cette pièce, et plus généralement dans le travail d’Edith Dekyndt, c’est ce caractère polysémique : en créant cette œuvre, Edith Dekyndt compose un tableau à peine mouvant, au rythme languissant, méditatif, hypnotique, qui, des années plus tard, dans un autre contexte devient la figure de proue d’un mouvement de résistance contemporain.
 

Biographie de l'artiste
Née en 1960 à Ypres, Belgique, Edith Dekyndt vit et travaille à Bruxelles et Berlin. Elle a été la deuxième artiste invitée en résidence par Pinault Collection, à Lens, de septembre 2016 à juin 2017.
Edith Dekyndt est une artiste dont les œuvres proposent des expériences sensorielles basées sur l’observation minutieuse de la matière et des contextes culturels qui l’englobent. Après des études en communication, Dekyndt entre à l’École des beaux-arts de Mons. De nature processuelle et conceptuelle, son approche s’intéresse aux objets, souvent ordinaires, qui composent le quotidien et à leur transformation au contact d’environnements naturels et architecturaux. Ses installations et performances intègrent des objets naturels et usinés, des photographies, des vidéos, du son et de la lumière, laquelle occupe une place centrale dans son travail. Chacun de ses projets s’ancre dans l’observation d’infimes détails à travers lesquels des objets et des situations d’apparence quelconque deviennent à la fois sublimes et bouleversants. Ils invitent le spectateur à prendre conscience de l’équilibre précaire des phénomènes chimiques et physiques, ainsi que de la nature transitoire et fluide du monde matériel.

Ses expositions personnelles récentes incluent Aria of Inertia, Chapelle Laennec, Paris (2022) ; The Memory Of Everything In The World, Galerie Karin Guenther, Hambourg (2022) ; Concentrated Form of Non-Material Energy, Stiftung St. Matthaüs, Berlin (2022) ; Visitation Zone, Part. II, Le Marais, Le Val St Germain (2021) ; The Ghost Year, Greta Meert Gallery, Bruxelles (2020) ; The White, The Black, The Blue, Kunsthaus Hamburg (2019) ; Blind Objects, Carl Freedman Gallery, Londres, (2017) ; They Shoot Horses, Konrad Fischer Gallery, Berlin, (2017) ; Air, rain, pain, wind, sweat, tears, fear, yeast, heat, pleasure, salt, dust, dreams, odors, noises, humidity, DAAD Gallery, Berlin, (2016) ; Ombre indigène, Wiels, Bruxelles (2016) et Théorème des foudres, Le Consortium, Dijon, France (2015).

Ses œuvres sont présentes dans des collections publiques et privées telles que Centre Pompidou, (Paris), Moma (New York), Skulptur Park de Cologne, Crandford Collection (Londres), Albright-Knox Collection (New York), CNAP, (Paris), Pinault Collection (Paris), Kunsthalle Hamburg, Allemagne, Buffalo Museum, (USA), Kadist Collection (Paris), MUDAM (Luxembourg), Kunst Museum (Lichtenstein), Cadic (Amsterdam), FRAC Picardie, Frac Lorraine, Frac Bretagne, Frac Pays de la Loire, Frac Alsace, Frac Réunion, (France), Mukha (Anvers), BPS 22 (Charleroi).

Du lundi au dimanche de 11h à 19h
Fermeture à 18h30 le 6 février.
Fermeture le mardi et le 1er mai.
Nocturne le vendredi jusqu’à 21h, sauf du 13 janvier au 8 février.
Le premier samedi du mois, nocturne gratuite de 17h à 21h, sauf le 4 février.

La réservation est conseillée.
Plein tarif : 14€
Tarif réduit : 10€
Gratuit après 16h pour les porteurs de la carte Super Cercle.

Jusqu'au 8 février, la Bourse de Commerce est en inter-exposition.
Plein tarif : 9€
Tarif réduit : 7€

Les expositions