Monuments aux vivants
Fermer Daniel Pommereulle, Sans titre, 1988 Verre atomique, colle silicone, 47 x 14 x 13,5 cm Collection Morgane Pomponi. Courtesy Galerie Christophe Gaillard © Daniel Pommereulle / ADAGP, Paris, 2022 Photographie Anton Bialas & Ferdinand Gouzon (© Un Ailleurs)
Projection
13 janvier

L’artiste présente : Monuments aux vivants, un court-métrage de Anton Bialas et Ferdinand Gouzon à propos de Daniel Pommereulle

Le cycle L’Artiste présente s’enrichit d’un nouveau format en proposant à des artistes de partager leur vision de l’œuvre d’un autre artiste grâce à la vidéo. Pour cette première projection, la Bourse de Commerce — Pinault Collection présente Monuments aux vivants, un court-métrage de Anton Bialas et Ferdinand Gouzon sur l’œuvre de Daniel Pommereulle. Le journaliste et critique de cinéma français Philippe Azoury introduit la séance et invite ensuite les spectateurs à poser leurs regards sur l’œuvre de l’artiste.

Pendant deux jours, Anton Bialas et Ferdinand Gouzon ont filmé en studio une vingtaine d’œuvres du plasticien français Daniel Pommereulle (1937-2003). Grâce aux mouvements que permet le cinéma, il est possible d’approcher au plus près des Objets de l’artiste, de suivre les courbes et les tranchants de leurs crochets, pics et poignards, de découvrir leurs aspérités, d’admirer la pureté et l’éclat du verre. La lumière diffusée de toute part souligne la puissance de l’œuvre et renforce le sentiment de fascination qu’elle provoque, où désir et danger se rejoignent. Aux œuvres filmées en plans fixes ou travelings, s’ajoutent des extraits de films dans lesquels l’artiste a joué ou qu’il a réalisés au cours des années soixante et soixante-dix. Notamment Vite (1969), tourné dans le désert saharien, et ses images de la lune et de Saturne qui rappellent que l’artiste, dans ses dessins, brûlait et transperçait le ciel. Grâce aux archives sonores et cinématographiques, Monuments aux vivants s’écrit avec Daniel Pommereulle. 

Daniel Pommereulle (1937-2003) 
Daniel Pommereulle est un peintre, sculpteur, cinéaste, performeur  et poète français du 20e siècle, né en 1937 à Sceaux et décédé en 2003 à Paris. Au début des années 1960, après des premières tentatives dans la peinture, il commence ses assemblages d’objets. En 1965, le critique d’art Alain Jouffroy (1928-2015) révèle son travail dans l’exposition « Les Objecteurs », aux côtés d’autres artistes d’avant-garde : accumulation de pinces à linge en bois d’Arman, repas collés au mur de Spoerri, ou un rouleau de fil de barbelé peint en bleu ciel de Pommereulle. L’année suivante, en 1966, il expose ses Objets de tentation dans les caves de la galerie Mathias Fels – LSD, opium, héroïne, seringues gisent sur des tablettes en marbre, à disposition des visiteurs. En 1967, dans le film La Collectionneuse d’Eric Rohmer, il incarne Daniel, un artiste, et présente à un critique d’art une de ses véritables œuvres, un pot de peinture jaune, cerclé de trente-neuf lames de rasoir qui le rendent insaisissable. Daniel Pommereulle invente progressivement une esthétique de la violence et de la cruauté, marquée autant par son expérience douloureuse de la guerre d’Algérie que par l’héritage du surréalisme et de la pensée d’Antonin Artaud. À partir des années 1970, il travaille à la série des Objets de prémonition, de grands pots de peintures renversés, couverts de feuille de plomb et transpercés de lames de poignards. Au cours des années 1980, il forge une sculpture nouvelle et utilise de nouveaux matériaux, l’acier, la pierre, le verre. Il exploite leur tranchant, leur opacité et leur transparence dans des œuvres monumentales traversées d’une douce cruauté. 

Anton Bialas 
Anton Bialas est né en 1990 à Paris, d’une mère suédoise et d’un père allemand. Il étudie le cinéma à la Sorbonne Paris III. Son premier film, Derrière Nos Yeux (2018), a été sélectionné au FID Marseille en 2018 où il remporte le prix Georges de Beauregard, le prix des Lycéens et une mention spéciale de l’Institut français de la critique. Le film est ensuite projeté dans de nombreux festivals internationaux tels que Visions du Réel, Doclisboa, et Côté Court où il remporte le Grand Prix Art-Vidéo. En 2020, son film À l’entrée de la nuit, est sélectionné en compétition officielle à la Berlinale. Son dernier film Groupe Merle Noir (2020) est sélectionné en compétition officielle au festival Visions du réel en Suisse, ainsi qu’aux rencontres du moyen-métrage de Brive. Parallèlement à son travail cinématographique, Anton Bialas publie, en collaboration avec Kamilya Kuspanova, un livre de photographies intitulé Début de Siècle paru aux éditions Possession Immediate en 2019. 

Ferdinand Gouzon 
Ferdinand Gouzon est né en 1974 à Paris. Écrivain et critique d’art, il publie dans de nombreuses revues, telles que Evidenz, Mir, Purple, Edwarda, Possession immédiate (dont il est le secrétaire de rédaction). En 2016, il publie le livre Daniel Pommereulle, Huitièmement qu’est-ce que la cruauté ? aux éditions Multiple. Depuis, il publie de nombreux livrets consacrés aux artistes Odilon Redon, Gustave Moreau, Frédéric Pardo, Eric Pougeau ou encore Lorenzo Monaco aux éditions Littérature mineure et Derrière la salle de bains. Un coffret composé de plusieurs écrits, intitulé Les Silences de l’art a paru en décembre 2020 aux éditions Littérature mineure. En 2020, il est acteur du film Groupe Merle Noir d’Anton Bialas.


Remerciement à la galerie Christophe Gaillard, représentant la succession de Daniel Pommereulle.