Edith Dekyndt

Edith Dekyndt

Edith Dekyndt

Pour sa deuxième saison, la résidence d’artistes de la Collection Pinault a accueilli Edith Dekyndt à Lens. Elle revient sur les projets qu’elle a développés pendant ces huit mois et qui ont figuré dans de nombreuses expositions européennes majeures.

Edith Dekyndt

Edith Dekyndt n’est pas étrangère aux paysages miniers et à l’atmosphère du Nord. Née à Ypres en Belgique, elle étudie dans le Borinage avant de s’installer à Tournai. Lors d’une exposition en 2009, au Mac’s, musée d’art contemporain du Grand-Hornu, installé dans une ancienne exploitation de charbon, elle s’intéresse à l’industrialisation massive de ces anciennes régions agricoles et à son impact sur l’environnement et les populations. C’est au moment de la création du programme de résidence de la Collection Pinault qu’Edith Dekyndt apprend sa nomination.

La parenthèse lensoise est pour elle une occasion de vivre autrement, de « changer ses habitudes de citadine qu’on prend vite pour acquises » en instaurant un nouveau « rapport au domestique », en passant « plus de temps à l’intérieur, dans l’atelier ». C’est pourtant le jardin de la résidence qu’Edith Dekyndt exploite en premier en y enterrant des tissus. Elle ritualise ainsi cette pratique initiée à Tournai et à Berlin. L’espace alloué autour de l’ancien presbytère lui permet d’ensevelir des objets à plus grande échelle et de donner un sens nouveau à ce procédé : « il fallait profiter de la terre dans cet endroit où le sol a eu tant d’importance en générant l’industrie du charbon. »

Les rideaux de différentes formes et issus de processus divers, reviennent régulièrement dans l’œuvre de l’artiste. « Même dans mes photos de documentation, partout », insiste l’artiste. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si le centre de la Tapisserie des Arts Muraux et des Arts du Tissu de la Fédération Wallonie-Bruxelles (TAMAT) lui a attribué ses premières bourses. Pour elle, cette « paroi non définitive qui peut, ou non, cloisonner un espace » est tantôt protectrice quand elle isole ou enferme, tantôt exhibitionniste sur une scène de théâtre par exemple, ou chaleureuse dans des intérieurs bourgeois. Edith Dekyndt pense pouvoir expliquer cet attrait par son rapport à l’architecture. Dans les années 1990, elle travaille pour l’Escaut, un collectif d’architectes dirigé par Olivier Bastin. Cette formation l’influence encore aujourd’hui lorsqu’elle conçoit une exposition. C’est le sentiment que « l’architecture a une manière de prendre trop de pouvoir sur la vie des gens » qui la conduit finalement à créer des œuvres « plus éphémères et qui se transforment avec le temps ».

C’est le sentiment que « l’architecture a une manière de prendre trop de pouvoir sur la vie des gens » qui la conduit finalement à créer des œuvres « plus éphémères et qui se transforment avec le temps ».

Depuis de longues années, Edith Dekyndt se passionne pour la question de la « supériorité » de l’homme sur l’animal, qu’il s’agisse de travaux de sciences cognitives, de neurosciences, ou de philosophie (à l’instar des écrits de Vinciane Despret). Longtemps, elle a recherché comment travailler « éthiquement » autour de cette question. Le hasard a fait que son assistant a trouvé chez lui une caisse remplie de fourrures, suite à un déménagement. Son appartement se trouve en face des ateliers de tannerie d’Hermès, hypothèse de la provenance de ce « trésor ». Une fois montées sur des planches en bois, Edith Dekyndt recouvre partiellement les fourrures d’agrafes. Ce geste violent sur « ces peaux magnifiques » entraîne un ressenti  : « un rapport – répulsion ». L’artiste rapproche ce geste « de ce que pouvaient faire les indiens des plaines avec les peaux ». Ainsi, les esquimaux travaillaient traditionnellement toutes sortes de pelage, mais aussi des boyaux pour la confection d’« anoraks » en peau d’intestin de phoque. « [Ce] sont des objets que j’adore » indique-t-elle.

Edith Dekyndt

Dans une certaine continuité « organique », elle décide de retirer le châssis de tableaux en tissu et résine de bateau qu’elle avait réalisés pour l’exposition « Mer sans rivages » aux Sables-d’Olonne en partenariat avec le Frac des Pays de la Loire. Ils donnent ainsi l’impression de membranes animales ou végétales.

La dernière série d’œuvres a été inspirée des voyages d’Edith Dekyndt au Brésil, notamment de sa découverte de tissages brodés en quadrille qu’elle a récupérés chez des habitants de Belo Horizonte. Cette technique issue « directement de l’héritage portugais » l’intrigue d’autant plus qu’elle fait le constat que « la dentelle est toujours assez proche des milieux  ». Edith Dekyndt déconstruit ces tissus, en retirant tous les fils horizontaux, après les avoir montés sur châssis. Ces quadrillages lui rappellent les céramiques bleues et blanches utilisées par Lina Bo Bardi, l’architecte du musée d’Art Moderne de São Paulo. Au cours de ce voyage, elle réalise le délabrement de certains monuments iconiques brésiliens. Comme cet ensemble de cinq bâtiments construits par Oscar Niemeyer autour d’un lac artificiel : « un gardien est à l’entrée mais les bâtiments sont vides, personne ne les visite, personne ne les connaît, en fait ».