Pierre Huyghe

jusqu’au 15 mai 2023
Pierre Huyghe, (Untitled) Human Mask, 2014
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Au Studio.

Pierre Huyghe s’est imposé comme l’une des figures majeures de l’interrogation des rapports au non-humain dans l’art. Sa réflexion s’est notamment portée sur le temps de l’œuvre, comme sur la relation au matériau. Huyghe propose, plutôt que des objets, des environnements dont l’évolution dans le temps, à l’image du vivant, constitue la donnée fondamentale. 

A Way in Untilled (2012-2013), film à la fois emblématique du travail de l’artiste mais aussi œuvre phare de la collection Pinault, a été réalisé dans un parc de la ville de Kassel laissé en friche (« untilled »). Il présente des processus de décomposition et de génération organique, laissant la place à des acteurs non humains autant qu’à la contingence. Ses « péripéties » et les développements relatent ce micro-univers d’un jardin-compost du point de vue des non-humains, leur « umwelt », soit le monde qu’ils perçoivent grâce à leurs capacités sensorielles propres. Si l’on suit pour l’essentiel les pérégrinations de la chienne dénommée Human, d’autres entrent en scène : abeilles, rongeurs, insectes, formes de vie se déployant sur terre, sous terre, dans l’eau, animales comme végétales. Ces êtres y sont laissés libres par l’artiste dans un espace travaillé à minima. C’est ce laisser-faire qui intéresse ici Huyghe, la façon dont chaque forme de vie se déploie dans un contexte qui lui est offert. Huyghe le créé en partie seulement et n’en maîtrise pas les possibilités de mutation.

Circadian Dilemma (el dia del ojo) (2017) repose sur la possibilité d’une involution : des poissons sans yeux, réexposés pour la première fois à l’alternance du jour et de la nuit, peuvent-ils recouvrir la vue ? L'œuvre place un groupe de tétras aux conditions des eaux profondes : dans un aquarium sombre, où s’élèvent des concrétions nues, sans végétation. Ce sous-groupe de petits poissons a évolué vers une cécité à la suite  d’un accident géologique : enfermés dans des grottes sous-marines, sans lumière, ils ont progressivement perdu la vue en échappant à la succession entre jour et nuit, ce qu’on appelle le « rythme circadien ». Une conséquence de l’évolution  potentiellement réversible. L’artiste a conçu un aquarium dont les vitres alternent entre transparence et opacité, le liquide qui tapisse les parois de verre étant régulé par un algorithme nourri  par l’environnement alentour (luminosité, données climatiques,  visibilité). C’est ce dernier qui « décide » du changement de la luminosité à l’échelle de l’aquarium. Circadian Dilemma (El Dia del Ojo) poursuit l’idée, déjà entrevue dans l'œuvre de Pierre Huyghe Untilled de sortir l’œuvre d’art de sa fixité, pour privilégier le laisser advenir, l’adaptation, la mutation : ici, l’artefact s’accorde au rythme du vivant, en altération constante, diminuant la frontière entre l’art et la vie. Pour l’anthropologue britannique Tim Ingold, la plupart des artistes occidentaux envisagent le matériau, non-humain, comme un simple support muet transformable à l’infini par la volonté humaine. Pierre Huyghe s’émancipe de ce schéma en proposant des situations dont il ne maitrise pas entièrement la destinée.

Human Mask (2014) poursuit cette investigation sur la frontière entre nature et culture. Filmé en partie dans la zone abandonnée autour de Fukushima, Human Mask suit les pérégrinations d’un singe habillé et masqué comme un humain, et dont les attitudes si proches des nôtres jettent un trouble constant sur sa nature véritable. Pour Pierre Huyghe, l’animal « joue le jeu de la condition humaine, répétant à l'infini un rôle inconscient ». Le masque humain ici renvoie aussi bien au caractère construit de l’identité humaine, qu’il rend visible l’intériorité du singe, désormais similaire à la nôtre. Le dernier regard qu’il nous adresse face caméra le pose comme un interlocuteur à part entière, un congénère. L’ambiance apocalyptique du film dessine les contours flous d’un monde d’après où la frontière entre humain et non-humain ne serait plus aussi nette. Qui ici de nous, finalement, est le plus « sauvage » ?

Biographie de l'artiste
Né en 1962 à Paris, Pierre Huyghe étudie à l’Ecole nationale supérieure des Arts décoratifs de Paris, avant d’entrer à l’Institut des Hautes Etudes en arts plastiques. Pierre Huyghe s’est dans un premier temps tourné vers un travail sur le film et la vidéo, où l’articulation entre réel et fiction était sans cesse questionnée. A partir de Streamside Days (2003) pour lequel l’artiste inventait une fête fictive dans une ville réelle, mais surtout The Host and the Cloud (2009-2010) pour laquelle il investissait un bâtiment abandonné pendant plusieurs mois, y laissant germer un ensemble d’événements, Pierre Huyghe s’est tourné vers la mise en place de situations, dont l’évolution au fil du temps constitue la nature même de l’œuvre. Le travail de Pierre Huyghe interroge la place de l’humain au sein de ces processus, où le temps, l’espace, le hasard jouent un rôle important, au même titre que les plantes, les insectes, les animaux, les virus et les maladies.

Du lundi au dimanche de 11h à 19h
Fermeture à 18h30 le 6 février.
Fermeture le mardi et le 1er mai.
Nocturne le vendredi jusqu’à 21h, sauf du 13 janvier au 8 février.
Le premier samedi du mois, nocturne gratuite de 17h à 21h, sauf le 4 février.

La réservation est conseillée.
Plein tarif : 14€
Tarif réduit : 10€
Gratuit après 16h pour les porteurs de la carte Super Cercle.

Jusqu'au 8 février, la Bourse de Commerce est en inter-exposition.
Plein tarif : 9€
Tarif réduit : 7€

Les expositions