Julie Mehretu
Fermer Julie Mehretu.  Courtesy de la galerie Marian Goodman. Photo Anastasia Muna.
Conférence
17 janvier

L’artiste présente : Julie Mehretu à propos de David Hammons

Conçu en hommage aux célèbres conférences « Artists on Artists » de la Dia Art Foundation, ce cycle de rencontres invite un artiste à partager son point de vue, son regard, sur l’œuvre d’un autre artiste exposé à la Bourse de Commerce — Pinault Collection. À cette occasion, Julie Mehretu, plasticienne américaine, est invitée à commenter les œuvres de David Hammons, en dialogue avec Caroline Bourgeois.  

Julie Mehretu 
Née en 1970 à Addis Abeba, en Éthiopie, Julie Mehretu vit et travaille actuellement à New York. En 1997, elle obtient son diplôme en peinture à la Rhode Island School of Design. Son œuvre se compose principalement de toiles de grand format sur lesquelles elle applique des couches d’acrylique. La compression et la saturation des surfaces s’inspirent des villes surpeuplées, mégapoles du 21e siècle. Ses compositions mêlent différents rendus d’architecture, superposés à des formes géométriques, à une multitude de signes au crayon de papier, au stylo et à l’encre. L’artiste définit ses œuvres comme des « cartes narratives de lieux qui n’existent pas » : représentations imaginaires dans lesquelles affleurent les traits des réalités urbaines contemporaines, où les espaces se compriment, tandis que les rythmes s’accélèrent. La trame de ces superpositions, aux éléments stratifiés comme « si c’étaient des fossiles », réverbèrent mémoire et héritage. Mehretu a réalisé pour le cube de Punta della Dogana deux toiles (intitulées Untitled, 2011) présentées au sein de l’exposition « Éloge du doute » (2011-13). Ses œuvres ont aussi été présentées à la Punta della Dogana à l’occasion de l’exposition « Luogo e Segni » (2019).

David Hammons
Né en 1943 dans l’Illinois, David Hammons tisse depuis les années 1970 un œuvre furtif et subversif multipliant les performances, les dispositifs éphémères et les récupérations d’objets de rebut. Aiguillé par la blessure lancinante du racisme ordinaire, il prend le pouvoir et donne à voir l’invisibilité des opprimés. Marqué par l’Arte povera au cours de son séjour à Rome en 1989, Hammons, génie de l’assemblage précaire, de l’infime, recycle les objets glanés lors de ses pérégrinations, puisant dans le quotidien, la rue, mais convoquant aussi de savantes références à l’histoire de l’art moderne. Un poteau d’acier, un pare-brise rouillé, un cercle métallique sculptent un panier de basket (Untitled, 1989) ; un radiocassette sur une bicyclette abîmée devenue porte-manteau (Central Park West, 1990) prend la force d’un groupe sculpté, deux vulgaires bâches opalescentes, chauffées, trouées, fondues (Untitled, 2021) composent une toile abstraite d’une intensité plastique et poétique inouïe. Un grand nombre de ces œuvres dénoncent le statut des noirs et la place qui leur es assignée dans la société américaine en éclairant tout particulièrement la misère d’Harlem, spoliée de sa culture originale par la société de consommation.